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LETTRE n° 95
Mai 2008

S.R.I. (Organisme de la Conférence Episcopale Française) - 71, rue de Grenelle, 75007 PARIS
Tél. 01 42 22 03 23 - Fax. 01 42 84 30 41 - E-Mail  :
sri@le-sri.com  -  I.S.S.N. 0996 – 6935

Avancer sur les chemins de la fraternité

 au milieu de signes contradictoires

            Le Concile Vatican II avait invité les catholiques à « discerner les signes des temps », il voulait par cette expression les inviter à regarder les évolutions de la société avec un regard de croyants, convaincus que dans les multiples événements de l’histoire que nous vivons Dieu fait signe à ceux et celles qui mettent en lui leur confiance pour marcher sur le chemin droit, celui de l’amour, de la justice et de la vérité.

            Depuis le mois de février des événements nombreux et contradictoires marquent la vie des musulmans et celles des chrétiens à travers le monde et dans notre pays. Et il est, parfois, bien difficile de les comprendre, d’en apprécier le sens et la portée et d’y lire des « signes de Dieu » ou plutôt comment, à travers ces événements, Dieu fait signe aux chrétiens comme aux musulmans et à tous les hommes et femmes de bonne volonté !

            En décembre, nous avons publié la Lettre « Vers une parole commune », adressée par 138 responsables musulmans, sunnites et chi’ites, de divers pays, aux responsables des Eglises et communautés chrétiennes. Les signataires sont devenus 245 et ont reçu des réponses positives de la part du Pape Benoît XVI, des responsables du Conseil Œcuménique des Eglises…En avril, à l’issue d’une réunion de travail à Rome, une rencontre a été fixée du 4 au 6 novembre 2008 à Rome, première séance d’un forum islamo-catholique où certains des signataires et des délégués catholiques échangeront sur les fondements théologiques et spirituels de la rencontre, dans la suite de la « Lettre des 138 », ainsi que sur la dignité humaine et le respect réciproque. De même, un colloque sur foi et raison, réunissant des responsables iraniens chiites et des catholiques, à Rome, vient d’affirmer que « foi et raison sont deux dons de Dieu à l’humanité » qui « ne se contredisent pas ». Signes encourageants d’un chemin de dialogue qui se poursuit.

Au même moment, la publicité donnée au baptême de Magdi Allam par le Pape au cours de la nuit pascale suscitait l’incompréhension de beaucoup de musulmans mais aussi de chrétiens ouverts au dialogue. Ce n’est pas tant le baptême de cet homme qui a fait réagir : des responsables musulmans ont même admis publiquement sa liberté à devenir chrétien, et c’est nouveau. Mais comment comprendre les propos contre l’islam écrits dès le lendemain matin dans le quotidien qu’il dirige ?       

            En Europe et en France, des courants cherchent l’affrontement : reprise de caricatures, film contre l’islam, profanations de tombes musulmanes dans le Pas de Calais ou incendie d’une mosquée près de Toulouse, mais à chaque fois les autorités publiques comme les responsables chrétiens ont manifesté leur solidarité avec les populations musulmanes victimes de cette « islamophobie ». 

            Ce mois-ci, des débats agitent et parfois divisent la communauté musulmane en France à propos des élections au CFCM et aux CRCM qui auront lieu le 8 juin. Nous espérons que ces débats et élections permettent à des hommes et des femmes de dialogue de servir au mieux les musulmans de France qui, dans leur grande majorité, aspirent à vivre leur foi parmi les autres citoyens français.

            Ainsi, nous vivons des événements contradictoires, au milieu de crises et d’injustices qui persistent, au Moyen-Orient en particulier, au risque de renforcer les peurs ou les haines. Cependant, nous voulons croire que les chemins de la rencontre et du dialogue restent possibles ici comme ailleurs, comme en témoigne Mgr Michel Sabbah. Cette conviction repose sur l’expérience des amitiés partagées et sur notre foi en Dieu.

Christophe Roucou 

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Lettre Pastorale

de Mgr Michel Sabbah

Patriarche latin de Jérusalem

 

Mgr Michel Sabbah, premier palestinien à être patriarche latin de Jérusalem, quitte sa charge après 21 années.

Nous publions des extraits de sa dernière lettre, le 1er mars 2008.

 

 « Le moment de mon départ est venu… J’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi » (2 Tm 4, 7)

 

Introduction « … Je vous adresse cette lettre alors que je m’achemine vers la fin de mon ministère patriarcal

        8. Vocation universelle de la Terre Sainte La Terre Sainte est une terre à vocation universelle…  Cette terre appartient certes à tous ses habitants, mais également à l’humanité entière… Cela est vrai au plan politique, pour les peuples qui l’habitent, Israéliens et Palestiniens, et pour tous les croyants, juifs, chrétiens, musulmans et druzes

10. Chrétien dans la société … Etre chrétien dans la société, c’est porter une vision de foi sur tous les événements. C’est voir la Providence de Dieu et sa sollicitude pour tous …  Le chrétien se positionne à la fois dans le service et l’amour, mais aussi dans la réclamation de ses droits. C’est cette vision qui lui donnera la sagesse et le courage de faire face aux difficultés et aux diverses formes d’oppression venant des hommes… Il persévérera dans la résistance à toute forme d’oppression ou de violence

15. Chrétiens et musulmans : … Tout chrétien, où qu’il vive dans le monde, appartient à son peuple et à son pays. De la même manière, les chrétiens des pays arabes, en Palestine et Israël, appartiennent à leur pays et à leur peuple. En ce qui concerne les chrétiens arabes en Israël, nous avons déjà défini les composantes de leur identité : ils sont arabes, ils sont chrétiens, et ils sont inclus dans l’Etat d’Israël. En fonction de ces trois composantes ils ont à décider eux-mêmes des positions à prendre dans la vie quotidienne…

Avec l’apparition de mouvements extrémistes, le besoin se fait sentir d’une action conjointe entre musulmans et chrétiens, afin de faire face ensemble à des tendances qui peuvent menacer toute la société  Nous devons nous unir aux musulmans eux-mêmes, pour faire face ensemble à un extrémisme qui menace musulmans et chrétiens à la fois Une chose à faire est de ne pas céder à la peur, mais d’exiger le respect de leurs droits comme citoyens

Il faut se demander aussi pourquoi ces mouvements religieux extrémistes naissent et croissent. on constate un besoin de vivre une authentique vie religieuse… ces courants se nourrissent d’une série de réactions : réaction à des situations humaines d’inégalité, de pauvreté et d’injustice à l’intérieur des sociétés arabes et musulmanes ; réaction à une invasion des sociétés arabes musulmanes par « l’Occident » sur le plan des valeurs et de la morale, comme dans les moyens de la communication sociale ; réaction aux ingérences de « l’Occident » au niveau politique ; et réaction aux déséquilibres qui existent dans les rapports entre les peuples. Tout cela s’ajoute aux conflits ouverts, en Israël, en Palestine et en Iraq.

Ces courants religieux, dans toute leur complexité et avec les menaces qu’ils font peser sur les musulmans comme sur les non-musulmans et sur le monde, finiront par s’imposer si les responsables politiques, dans les pays arabes musulmans, n’arrivent pas à créer des sociétés plus justes et plus sûres

17. Exigences du dialogue … Le dialogue interreligieux local, qui a commencé par des contacts fréquents entre musulmans, juifs et chrétiens, a abouti ces dernières années à la création du Conseil des Institutions de Terre Sainte, dans lequel les trois religions sont représentées au plus haut niveau. Un dialogue qui a attiré l’attention des chefs politiques et qui a créé une nouvelle réalité en Terre Sainte : Des chefs religieux des trois religions, pour la première fois dans l’histoire, se rencontrent et réfléchissent ensemble aux moyens d’instaurer la paix. Dans ce dialogue, c’est la dimension du croyant dans son rapport avec Dieu, qui est mise en relief, et c’est comme croyants, en présence du Dieu seul, que nous voudrions réfléchir ensemble… Dans la pratique de la justice et la construction de la paix, sont mises en relief à la fois les valeurs humaines communes et les valeurs religieuses Malgré cela, nos sociétés à caractère religieux restent marquées par une immaturité en ce qui concerne l’acceptation et le respect de l’autre Ce dont nous avons besoin, c’est d’une éducation des jeunes générations. Si l’on veut apaiser la société et en écarter les tensions conjoncturelles et structurelles, le système d’éducation doit changer, et ce dans les milieux éducatifs : la maison, l’école, les lieux de culte, et les médias. Un appel clair devrait se faire entendre en ce sens, un appel à la reconnaissance de l’autre et à la collaboration avec lui. Dans toutes les religions, les jeunes générations doivent pouvoir entendre dire : L’autre, celui qui ne professe pas la même religion que vous, n’est pas l’ennemi, ni l’étranger. C’est un frère qu’il faut aimer et avec lequel il faut collaborer et construire la société.  Même l’extrémisme, qui se nourrit d’une part des ignorances du passé, d’autre part des injustices ou des peurs du présent, peut trouver dans ce nouveau système d’éducation une partie de son antidote ».

Texte intégral : « Documentation Catholique » n° 2401, 4 mai 2008.

 

 « CHRETIENS D’IRAK, NOS FRERES »

Une délégation de chrétiens de France, conduite par Mgr Marc Stenger (évêque de Troyes et président de « Pax Christi France ») s’est rendue dans le nord de l’Irak. Voici l’écho qu’elle en rapporte.

          Il faut reconnaître que depuis la chute de Saddam Hussein on ne parlait guère de l’Irak autrement qu’en termes d’apocalypse, bombes, vols, enlèvement, assassinats. Ce qui a permis la mission de Pax Christi dans ce pays, c’est de se rapprocher des hommes, des femmes, des enfants qui en sont les victimes, de recevoir en direct le témoignage des épreuves qu’ils vivent et les appels qu’ils nous adressent. Les médias, parce que le spectacle de l’horreur y est régulièrement au rendez-vous, ont pour effet de rendre les apocalypses un peu abstraites. Mais lorsqu’on partage la tristesse, les angoisses et la désespérance de ceux qui sont éprouvés, alors on ne peut qu’avoir le cœur touché et on mesure concrètement de combien de solidarité ils ont besoin.

          C’était le sens de la visite de Pax Christi en Irak : aller visiter chez eux les chrétiens irakiens, ne pas nous contenter d’une déclaration de principe sur la solidarité qu’il faut donner à ces frères souffrants, mais poser le geste d’accepter l’incommodité et l’insécurité d’un tel voyage, nous faire les témoins de ce qu’ils vivent et de ce qu’ils espèrent et être ensuite leurs porte-parole auprès de tous ceux qui peuvent faire quelque chose pour leur montrer qu’ils ne sont ni seuls ni abandonnés.

Un peuple rejeté          

          Notre délégation n’a pas pu se rendre dans tout le pays. L’insécurité est telle qu’il est hors de question de se rendre à Bagdad et à Mossoul, puisque peu de jours après notre retour, l’archevêque chaldéen de cette ville a été enlevé par un groupe de terroristes dans des conditions dramatiques. En raison de ce contexte difficile nous n’avons pu nous rendre qu’au nord de l’Irak, dans la province du Kurdistan, ainsi que dans la plaine de Ninive. Nous y avons rencontré 26 communautés de chrétiens réfugiés dans cette région, ayant fui surtout Bagdad et Mossoul, où leurs vies étaient en péril et l’existence quotidienne impossible.

          Ce que nous avons pu constater, c’est que les chrétiens d’Irak n’ont pas le moral. Ils ne sont pas les seuls Irakiens à être victimes  de l’insécurité, mais ils sont particulièrement en situation de faiblesse, parce qu’ils sont minoritaires, parce qu’ils n’ont pas les réflexes tribaux des autres catégories de la population, parce qu’à la différence des grandes confessions islamiques soutenues par des états étrangers, eux n’ont personne pour les protéger. Le soupçon qui pèse sur eux, c’est qu’ils sont liés à l’Occident, qui est l’ennemi. De ce point de vue leur situation est dramatique. Ils se considèrent d’abord comme des Irakiens, du reste, les plus anciens des Irakiens. Ils sont les premiers occupants de cette terre. Ils y ont déposé leurs traditions spirituelles et aujourd’hui ils sont considérés comme des étrangers à qui l’on refuse le droit de prier leur Dieu.

          Quand on prend la mesure de tout ce qu’ils ont subi et subissent quotidiennement - dans un village nous avons rendu visite à un paysan chrétien qui avait été enlevé quelques jours auparavant et venait d’être libéré le matin même contre rançon - quand on considère le peu de perspectives qui leur sont offertes : là où ils sont réfugiés, il n’y a pas de travail, des problèmes de communication, de langue, etc, on peut comprendre qu’ils soient habités par le désir de partir. Mais ils ne savent pas où aller. Ils ne sont attendus nulle part, sauf là où ils sont réfugiés, au Kurdistan.

          Parmi eux certains ont quitté le pays. Ils sont aujourd’hui réfugiés dans les pays limitrophes : Syrie, Jordanie, Turquie. Ils sont un peu comme des errants, car personne ne veut les accueillir. Et malgré tout on perçoit chez eux une sorte de tranquilité intérieure, dont nous avons vite compris qu’elle ne pouvait venir que d’une foi très profonde, tout à fait étonnante. Ce qui nous donne la force de résister, disent nos frères, dans la barbarie des kamikazes et des bombes, c’est de savoir que le Christ, avec son amour sans limites, défie le mal, nous garde unis et nous donne, à travers l’Eucharistie, la vie que les terroristes essaient de nous ôter.

          Cette Eglise est une Eglise de martyrs et de confesseurs de la foi. C’est cet enracinement qui leur permet de continuer à espérer envers et contre tout, même si le sentiment les habitait de n’avoir pas de soutien, que personne ne se bat pour leur cause. Notre visite, de ce point de vue, était pour eux un grand signe. Pour la première fois on venait leur dire qu’ils avaient des frères qui pensaient à eux, qui priaient pour eux, qui voulaient se battre pour eux.

Qu’allons-nous faire pour eux ?

          C’est la raison pour laquelle il est important que les chrétiens de France prennent le relais de notre délégation. Nos frères irakiens nous demandent d’abord notre solidarité spirituelle. Nous allons la vivre intensément pendant la Semaine Sainte. Pourquoi ne pas la prolonger dans l’envoi de messages, de jumelage de paroisses et de communautés ? Pax Christi s’en fera volontiers le relais. Il y a d’autres interventions nécessaires et qu’ils attendent, celle en particulier en direction des responsables politiques, pour qu’ils travaillent à la paix sur la terre irakienne, afin de donner à ce peuple un avenir, sans oublier qu’il y a besoin aussi d’une intervention humanitaire, pour permettre à ces réfugiés de faire face, là où ils sont, aux nécessités d’une vie à reconstruire.

Mgr Marc Stenger, revue “Pax Christi”, mars 2008



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ë   Aiguebelle (26) : Rencontre islamo-chrétienne, 25 mai 2008
En mémoire des 7 Frères de Tibhirine et des martyrs d’Algérie, une rencontre aura lieu sur le thème : « Pèlerins étrangers sur cette terre ». Avec Monsieur Mounir Ben Taleb, professeur au lycée Montplaisir et le Père Christophe Roucou, directeur du S.R.I.
Contact : Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle, Montjoyer, 26230 Grignon. Tél. : 04 75 98 64 70.

ë   Chartres (28) : « Chrétiens et musulmans sur les pas de la Vierge Marie », 31 mai 2008

       Le G.A.I.C. organise une marche ouverte à toute personne respectueuse des convictions d’autrui : « Pour que, fidèles à nos fois respectives, nous nous rapprochions de Celui qui est tout proche de nous et que nous cheminions ensemble, mus par le même Souffle ». Nous ferons cette marche vers la cathédrale de Chartres, dédiée à la Vierge Marie que vénèrent chrétiens et musulmans.

       Pour s’inscrire : GAIC, Itinéraires Spirituels, 92 bis, bd de Montparnasse, 75014 Paris – gaic@wanadoo.fr

ë   Paris : Centre Sèvres, 4 juin 2008
Présentation du livre : « Les Versets douloureux : Bible, Evangile et Coran entre conflit et dialogue », avec les auteurs et l’éditeur Lessius, à 19h15.

ë   Ergersheim (67) : Session « Le Dieu unique des chrétiens et des musulmans », 27 juin - 4 juillet 2008

       La session aura lieu à l’Abbaye cistercienne Notre Dame d’Altbronn, à Ergersheim. Parmi les intervenants : Mr Ove Ullestad, théologien protestant ; Mr Mohamed Latahy, responsable des aumôneries musulmanes hospitalières de Strasbourg ; Mr Mohamed Tahiri, aumonier de prison à Metz et Mr Aziz El Alouani, animateur d’émission religieuse sur France Bleue Alsace.

Renseignements : Mme Nicole Benoit, Tél. 03 88 36 86 51 – nicole-2509@voilà.fr

 

ë   Marseille : Session les 6-7-8 octobre 2008

L’ISTR organise une session d’initiation à l’islam , ouverte à tous et qui ne suppose pas de prérequis.

Tél. 04 91 50 35 50 – istr@cathomed.cef.fr

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&  « Wir sind Brückenmenschen – Wie sich Christen und Muslime begegnen »

       Biografische Notizen. Neuendettelsau : Erlanger Verlag für Mission und Ökumene, 2007, 157 pp., 12€ + frais de port (Erlanger Verlag für Mission und Ökumene, Hauptstr. 2, D-91564 Neuendettelsau, Allemagne).

Voici un livre passionnant : 30 personnes, 15 chrétiens et 15 musulmans, racontent leur vie, leur cheminement religieux-spirituel et expliquent pourquoi ils s’engagent dans le dialogue islamo-chrétien. Parmi eux deux convertis se présentent, un musulman ex-chrétien et une chrétienne, ex-musulmane. Brücke-Köprü (“pont” en allemand et en turc) est un centre de rencontres islamo-chrétien à Nurenberg, en Allemagne, unique en son genre, et entretenu par l’Eglise évangélique luthérienne de Bavière. Les gens s’y rencontrent pour mieux connaître la religion ou la culture de l’autre, ou pour sortir de la solitude ou encore pour le respect ressenti en ce lieu. Marcher sur un pont est difficile et peut être dangereux. Lecture recommandée à toute personne germanophone. (Risto Jukko)

 

&  « L’hospitalité sacrée entre les religions », Jean-François de BETHUNE, éd. Albin Michel, Paris, 2007.

Ah ! voilà un livre magnifique ! Les familiers du dialogue entre les religions, en particulier entre les moines de différentes religions, connaissent bien l’auteur : Pierre-François de Béthune, bénédictin à St André de Clerlande (Prés de Louvain en Belgique) et l’un des initiateurs du dialogue avec les moines adeptes du zen au Japon. C’est d’ailleurs à partager cette rencontre fondatrice que Pierre-François de Béthune consacre la première partie de son livre en évoquant “La voie du thé” ou Chadô, la méditation ou Sesshin et enfin la vie au monastère ou Sôdô. On ne peut pas résumer ces pages, il faut les lire. J’en extrais deux sentences : « Autour du feu il n’y a plus ni hôte ni invité » et « Sans demeurer nulle part, vivre en plein cœur ».

La seconde partie est donc une longue méditation sur l’hospitalité et sur l’heureuse ambivalence du français pour lequel l’hôte est celui qui accueille et celui qui reçoit. Et l’auteur nous dit que, dans l’ordre spirituel, le second est antérieur au premier. Ayant consacré moi-même un livre au dialogue (« Le dialogue change-t-il la foi ? », éd. de l’Atelier, 2ème édition, 2007), je serais jaloux de celui-ci tant l’expérience humaine et donc spirituelle qui le porte est transparente et profonde. Mais on ne peut pas être jaloux lorsqu’on devient l’hôte d’un tel livre ! (Jean-Marie Ploux)

 

&  « Les compagnons du prophète » , Amina YAGI, éd. Publisud, Paris, 2007, 242 pp.

L’auteur, professeur à Khartoum, nous décrit la vie mouvementée des hommes et des femmes au début de l’Islam, pris dans les conflits familiaux et militaires ; le dernier personnage est Zaynab, petite fille du prophète Mohammad, courageuse, au milieu des martyrs de Kerbala ; avec les meilleurs, elle ira au « Paradis », tandis que les méchants sont « des maudits » envoyés en enfer.

 

&  « Les 99 Noms d’Allâh » , Maurice GLOTON, éd. Albouraq, 2007, 235 pp.

Retenus par la Tradition musulmane, les 99 Noms divins font l’objet de cet ouvrage précis et concis. L’auteur est connu pour sa grande connaissance de la langue arabe et de l’islam. Son exposé prend en compte les significations étymologiques de chaque Nom, avec toutes les nuances des racines arabes, ainsi qu’un choix de versets coraniques qui mettent en évidence la fonction de chaque Nom étudié et médité.

 

&  « Islamistes, apologistes et libres penseurs »

Ghassan Finianos, éd. Presses Universitaires de Bordeaux, Pessac, 2006, 2ème édition, 382 pp.

Dans cet ouvrage l’auteur livre une étude sérieuse, technique et érudite sur les différents courants qui traversent le monde musulman arabe dans  les dernières décennies. La première partie retrace les développements de la pensée religieuse dans le monde musulman, de la renaissance (nahda) à la fin du XIXème siècle, jusqu’à nos jours. La deuxième partie présente, en opposition aux mouvements islamistes et aux apologistes rationalistes, sept libres penseurs. Et, dans la troisième partie, l’auteur conclut par son analyse des thèses islamistes : faiblesse du discours islamiste - son contexte sociologique - regard critique des valeurs fondamentales auxquelles se réfèrent les islamistes.

 

&   « Penser l’islam dans la laïcité » , Franck FREGOSI, éd. Fayard, Paris, 2008, 497 pp.

Sociologue des religions et particulièrement de l’islam dans l’espace européen, l’auteur est réputé pour sa probité intellectuelle et sa        
connaissance du terrain. L’objectif de cet ouvrage vise à démontrer que, par delà des tensions réelles, la rencontre de l’islam en tant que réalité     religieuse et la réalité juridique et politique de la laïcité est inéluctable dans le contexte français. L’auteur analyse successivement les rapports complexes entre islam, politique et laïcité, les modes d’appartenance et d’identification à l’islam, l’organisation du culte musulman, les chantiers et les questions juridiques posées par l’enracinement islamique dans un environnement sécularisé et pluraliste.

  &  « L’islam imaginaire – la construction médiatique de l’islamophobie en France 1975-2005 »

 Thomas DELTOMBE, éd. La Découverte, Paris, 2007.

 L’auteur est journaliste, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris. Il s’attache à démontrer méthodiquement les connivences médiatiques   et politiques dans la construction d’un islam ennemi héréditaire. Pour ce faire, il a passé au crible les journaux télévisés du 20 heures et les principales émissions consacrées à l’islam, depuis la révolution iranienne de Khomeiny (1979), jusqu’aux conséquences des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Une enquête aussi minutieuse que passionnante.

 

&  « Sortir de la malédiction - l’Islam entre civilisation et barbarie »

       Abdelwahab MEDDEB, éd. du Seuil, Paris, 2008, 278 pp.

L’auteur propose cet ouvrage comme le 3ème volet d’un polyptyque pour appeler les musulmans à « sortir de la malédiction » (cf. page 12), ou, comme les premiers mots le précisent : « Ce livre se veut un traité de guérison pour un islam malade ». Pour échapper à la « malédiction ou à la maladie de l’islamisme », l’auteur offre au lecteur un cheminement en quatre étapes avec un effort de recherche et de travail sur soi pour dépasser un islam qui a la réputation d’être fondé sur le lien inséparable entre la religion et la politique. Engagé contre l’islamisme, il veut inscrire la tradition musulmane dans la modernité occidentale.

 

&  « Mémoire blessée – Algérie, 1957 »

       Mohamed SAHNOUN, éd. Presses de la Renaissance, Paris, 2007, 239 pp.

       Pendant la « bataille d’Alger » en 1957, un jeune militant pour l’indépendance, Salem, est arrêté avec son ami Mahmoud. Ils vont subir des humiliations, mais surtout la torture, dans la fameuse et réputée « Villa Blanche ». Ils vont pourtant trouver de magnifiques soutiens : cet officier qui se préoccupe de leur santé en prison, cet avocat qui paiera de sa vie son devoir d’humanité, ce médecin de campagne et son épouse, cette communauté de prêtres-ouvriers à Puteaux, avec un hommage tout particulier au Père Jobic Kerlan pour son accueil, sa fraternité et son humanité. C’est un récit bouleversant de la souffrance extrême et gratuite que des hommes sont capables d’infliger à d’autres hommes.

 

&  « Douleur de peau » , Aysseline de LARDEMELLE, éd. Presses de la Renaissance, Paris, 2008, 286 pp.

       Une histoire d’amour pas ordinaire ! Il est sénégalais, noir, pauvre, musulman ; elle est française, blanche, noble et catholique … Ce récit est pétri de la réalité quotidienne d’un couple mixte. L’auteur montre combien l’amour dépasse tous les préjugés, présupposés de nos catégories très humaines, sociales ou religieuses. Il entraîne sur un chemin inhabituel, rempli d’inattendus… Ouvrage, porteur d’un message pour tant de couples mixtes, confrontés au regard méfiant de leur entourage ou aux objections de toutes sortes…

Livres reçus :

&  « Bible et sciences des religions », J.-N. Aletti, P. Faure, M. Gilbert, R. Krigier, E. Platti, A. Schenker, Collectif, Ed. Lessius, Bruxelles, 2005, 177 pp.

 

&  « Les Versets douloureux – Bible, Evangile et Coran, entre conflits et dialogue », David MEYER, Yves SIMOENS et Soheib BENCHEIKH, éd. Lessius, Collection l’Autre et les autres, 2007, 202 pp. 

 

&  « La laïcité », Pierre KAHN, Coll. Idées reçues, éd. Le Cavalier Bleu, Paris, 2005, 123 pp.

 

&  « Les Arabes, les femmes, la liberté », Sophie BESSIS, éd. Albin Michel, Paris, 2007, 169 pp.

 

&  « Marie la musulmane », Michel DOUSSE, éd. Albin Michel, Paris, 2005, 267 pp.

 

&  « Ulysse, un pont entre chrétiens et musulmans », Mathilde COCCHIARO, éd. Nouvelle Cité, Paris, 2007, 159 pp.

 

&    « Un signe sur la montagne », Raymond MENGUS, éd. Salvator, Paris, 2008, 184 pp.

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I N I T I A T I V E S

 

*   Flers : 15 ans de rencontres et de partages interreligieux
 
      Le samedi 15 mars 2008, nous étions réunis, chrétiens (catholiques et protestants), musulmans de différentes    communautés, croyants humanistes, pour fêter les 15 ans du groupe interreligieux de Flers, dans les locaux de l’Amicale Franco-Turque. Une « table ronde », suivie d’un débat sur  « La Lettre des 138 » dignitaires musulmans aux responsables religieux chrétiens, a ouvert l’après-midi. Mr Haydar Demiryurek, secrétaire général du CFCM, le P. Christophe Roucou, du SRI, et Mr Daniel Abdelhaq Roussange, spécialiste du soufisme, y participaient. Puis la visite de la mosquée, la présence à la prière de ceux qui le souhaitaient, un buffet convivial et interculturel et un concert de musiques spirituelles chrétiennes et musulmanes, permettaient la découverte réciproque de nos cultures religieuses. Plus de 250 personnes ont participé à cette journée. Un grand moment que nous n’oublierons pas ! (Janine Bonte)

 

*   La Roche-sur-Yon : une soirée de jeûne islamo-chrétien

Organisée le 15 mars 2008, par le service chrétien pour le dialogue inter-religieux. L’initiative était nouvelle, car les amis musulmans venaient à notre rencontre à un moment privilégié dans notre vie de foi : le carême.  L’objectif était de partager ce moment de privation volontaire de nourriture et son sens dans nos diverses traditions, catholique, protestante et musulmane. « J’ai pris conscience de la peur qui habitait certains de nos amis musulmans. Le jeune imam nous confiait qu’on comparait son aspect physique avec celui de Ben Laden ; un coreligionnaire l’avait en outre mis en garde contre de possibles tentatives de conversion au christianisme durant cette soirée. Tout cela se passait devant une tapisserie « Tissons la Fraternité » : ce slogan de notre synode diocésain semblait s’élargir pour rejoindre des horizons insoupçonnés ! Nous nous sommes quittés légers, comme soulagés du fardeau de nos appréhensions, joyeux de nous être parlé, découverts proches malgré les apparences. Nous avons apprécié le travail de lien qu’a fait un des jeunes musulmans jusqu’au bout : nous avons besoin de personnes qui permettent de construire des ponts et se font « passeurs » pour que ceux qui se tiennent sur chacune des rives se rencontrent sans malentendu. Etions-nous nombreux ? Pas vraiment ! Néanmoins c’était peut-être le chiffre d’une intimité salutaire pour une première fois, qui nous permettait de nous sentir davantage en famille ». (Christiane Noël)

 

*   Sèvres : « Al Andalus », une exposition, des débats

L’association « Dialogue Juifs, Chrétiens, Musulmans », avec le soutien de la municipalité, a organisé, du 27 mars au 6 avril 2008, au Centre culturel de Sèvres, l’exposition « Al Andalus ». Près de 3.000 visiteurs, de toutes générations et origines, ont participé aux diverses manifestations :

- Inauguration, atelier de calligraphie, soirée contes, chants aux accents espagnols et orientaux, réflexions.

- Débat animé par Dominique Borne (IESR), sur « Le vivre ensemble hier et aujourd’hui » entre Philippe Goldmann, Geneviève Comeau et Khaled Roumo, représentants des trois religions.

- Projection en avant-première du film « Désengagement » d’Amos Gitaï, suivi d’un débat avec la scénariste.

Le dimanche 6 avril, un récital de musique arabo-andalouse de l’ensemble El Mawsili accompagné de Simon Elbaz, clôturait cette exposition. Les membres de l’association, présente sur Sèvres et Meudon depuis le 11 septembre 2001 et qui s’étend actuellement vers Ville-d’Avray et Chaville, ont été heureux que leur dialogue de plusieurs années se concrétise dans ces évènements qui ont répondu au-delà de leur espérance à l’attente d’un public venu parfois de banlieues lointaines.

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2   « Se Comprendre » (5, rue Roger Verlomme, 75003 Paris - www.comprendre.org).

•    N°08/03 - Mars 2008 : « Le visage du Christ – un regard coranique», par Ali Mérad.

•    N°08/04 - Avril 2008 : « Chrétiens d’Algérie, dans la tourmente ?», par Jean-Marie Gaudeul.

    N°08-05 – Mai 2008 : « L’islam de France par les sondages », par Jean-Marie Gaudeul.

 

2   « Islamochristiana n° 33 » (PISAI – Rome - islamochristiana@pisai.it)

Ce numéro commence par un hommage au père Robert Caspar, avec une présentation de ses publications. Il est suivi d’un dossier intitulé : « Etudes, réflexions et témoignages sur Foi et Herméneutique ». Et d’un autre concernant le dialogue dans la situation actuelle.

2   « IREMAM » (BP. 647, 13094 Aix-en-Provence, Cedex 2 – remmm@mmsh.univ-aix.fr).

Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée, éd. Edisud,

·       N° 113-114, mars 2007 : “Le Corps et le Sacré en Orient musulman”, sous la direction de Catherine MAYEUR-JAOUEN et Bernard HEYBERGER. 18 auteurs abordent le thème du « corps » : son rapport aux religions, corps normes, modèles, rituels, fascination et mise à distance de la mort, corps et sacré…

·       N° 117-118, août 2007 : “L’Iraq en perspective” : présentation d’un ensemble de faits en Iraq.

 

2   « El Kalima » (Bruxelles – elkalima@busmail.net).

Ce numéro 77, avril-juin 2008, comporte « La Charte des musulmans européens » qui précise un certain nombre de principes fondateurs à la bonne compréhension de l’islam dans le contexte européen.

 

2   « La Maison Islamo-chrétienne » (Mes-tissages, 92390 Villeneuve-la-Garenne – lamaison.ic@orange.fr).

Vous trouverez dans ce numéro 5, hiver 2008, deux articles de P. Leclerc et M. Chérif, sur la « Journée de réflexion islamo-chrétienne » ainsi qu’un dossier : « Religion et politique » avec des articles de M. Jondot, G. Baguet, M. Benali et S. Varlik. Un article pour finir sur le Proche-Orient de M. Buttin.

D.V.D. 

Pour sensibiliser les communautés chrétiennes au dialogue avec les croyants des autres religions, aider les chrétiens à surmonter leurs réticences, et répondre à leurs objections, le ‘Dialogue Interreligieux Loiret’ a réalisé ce DVD intitulé « Vivre avec les autres religions ». Il comprend 4 parties : 1. Les religions, une réalité aux multiples visages ; 2. Le dialogue est voulu par les traditions chrétiennes ; 3. Le dialogue est entre nos mains ; 4. Le décalogue du dialogue interreligieux. Pour se procurer le DVD (durée : 20 minutes environ), s’adresser à Christophe PANIS (23, rue Eugène Vignat, 45000 Orléans). Franco : 15 euros.

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« Etre de vrais serviteurs de la Miséricorde de Dieu »

(Extraits de la conférence du Cardinal Philippe BARBARIN, à Rome, le 3 avril 2008, …Congrès sur la miséricorde divine).

  «  (…) On voit bien que la notion de tolérance, utilisée sans cesse à propos du dialogue interreligieux, n'a plus grand sens ; il faut passer de la tolérance à l'estime mutuelle, et, si le Seigneur nous en fait la grâce, à l'admiration. Dans le verbe tolérer, on n'entend aucune nuance d'amour : on tolère celui qu'on n'aime pas beaucoup, mais avec lequel on est obligé de composer. Pour le progrès du dialogue interreligieux et du cheminement spirituel de chacun, il faut bien davantage : à savoir une confiance profonde, un intérêt qui vienne à la fois de l'intelligence et du cœur, un regard de contemplation et d'admiration. Qu'on se souvienne du choc intérieur ressenti par Charles de Foucauld lorsqu'il a vu la ferveur des musulmans, à Fès. Il a soudain mesuré ce qu'il avait perdu en s'éloignant de la foi, et ce fut le début de son retour vers le Christ. Quand A. Gaci parle de l'amour des chrétiens pour Jésus, quand je le vois vivre sa foi, il est clair que nous sommes sur le registre de l'admiration, mêlée d'un brin d'envie ou de confusion..., sentiments qui gênent celui qui en est l'origine, car il a vivement conscience de n'en être pas digne, de n'être pas à la hauteur de ce que Dieu lui demande.

(…) Il reste que la vérité de tout le chemin parcouru ne sera reconnue par les autres et ne se vérifiera que si elle débouche sur des réalisations concrètes. C'est la charité en actes qui sera le sceau de l'authenticité de ces échanges. Pourquoi, musulmans et chrétiens, ne nous lancerions-nous pas, en y associant nos frères juifs, dans l'ouverture d'un centre de soins pour les sidéens ou autres « blessés de la vie », au cœur d'un pays pauvre qui n'a pas assez de moyens pour s'occuper d'eux ? Alors, ce que nous vivons dans nos cœurs et nos intelligences à travers toutes ces rencontres deviendrait un témoignage pour le monde. Cette démarche commune et désintéressée, quand et comment allons-nous en prendre l'initiative ?

(…) Ma conviction est que seule une attitude intérieure humble, où chacun sera attentif à demeurer personnellement réceptif à tous les dons que Dieu veut lui faire, nous permettra d'être de vrais serviteurs de Sa miséricorde, des serviteurs de la joie dans le cœur des hommes. »

Cardinal Philippe BARBARIN


 

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